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Découvrir : Mareil-sur-Mauldre, un village d'Ile de France


1 - Où se trouve Mareil ? Précisons sa situation géographique.

Le village s'est développé au cours des âges au coeur de la vallée de la Mauldre. Ce n'est, sans doute, pas un hasard car c'est un site de confluence et de croisement de routes où les hommes peuvent se rencontrer et échanger.

C'est là que la Mauldre s'élargit et s'approfondit après avoir reçu son affluent le plus important : le ru de Gally et un autre plus modeste le petit ru de Riche. Grossie par leurs eaux, elle étale ses méandres jusqu'à Epône où elle se jette dans la Seine.

Cette vallée a été propice à l'occupation des hommes et à leurs déplacements. Elle permet de relier le Nord et le Sud de la vallée de la Seine et très tôt, les échanges ont été nombreux entre les sites que sont aujourd'hui Beauvais, Chartres et Orléans. Cet axe Nord / Sud est coupé, sur chaque rive de la Seine, par des voies reliant Paris à la Normandie et Paris à la Bretagne Les chemins ancestraux des Gaulois sont devenus les voies romaines qui, à leur tour, ont servi souvent de bases pour le tracé de nos nationales et départementales.

Mareil a donc bénéficié de ce site et de cette situation pour se développer.


2 - Fouilles et découvertes d'un passé très ancien

L'occupation de la vallée de la Mauldre remonte à la période préhistorique, les fouilles entreprises dès le XIXème siècle et qui se poursuivent encore aujourd'hui, ont montré une occupation continue de cet espace dès le paléolithique (environ 400 000 av. J.C. )

A Mareil, l'inventaire archéologique a répertorié un grand nombre d'objets en pierre taillée puis en pierre polie, des tessons de poterie qui témoignent de la présence de l'homme à la fin du paléolithique. Ils ont été trouvés sur le plateau des Harias, à la limite de la commune de Crespières. On y trouve aussi des traces d'habitat néolithique datant sans doute de l'âge du fer (800 à 500 av. JC).

Les Celtes, venus d'Europe Centrale, s'installent sur notre territoire vers 800 av. J.C. Un de leur peuple, les Carnutes, occupe vers 450 av. J.C un vaste espace entre la Seine et la Loire qui couvre, entre autre, tout le bassin de la Mauldre qu'ils défrichent et mettent en valeur. Dès le VIè s. av. J.C, les échanges sont extrêmement nombreux entre Rome et la Gaule ce qui amène le développement des voies de communication et de l'économie. Il se poursuivra après la conquête romaine et l'assimilation progressive des Gaulois dans la civilisation gallo-romaine.

Entre le Clos Pasquier et le Moulin du Radet, les fouilles ont mis à jour un cimetière utilisé du IIIè ap. JC au VIè s.

Lors de la construction de la ligne de chemin de fer en 1898, des travaux de terrassement ont permis la découverte d'une grande nécropole de l'époque mérovingienne (Vème au VIIème s) sur l'emplacement de la gare actuelle. On y a trouvé 220 tombes avec leur matériel funéraire qui ont permis de mieux connaître les coutumes et d'apprécier l'importance des échanges de cette période.


3 - Quel est l'origine du nom de Mareil-sur-Mauldre ?

Sans doute, l'origine est celtique et gauloise.

Les toponymes en euil viendraient du mot gaulois ialo signifiant : clairière. Mareil viendrait de Maros + ialo : « grande clairière ».

Quant à Mauldre, le nom serait formé sur le suffixe celtique ara ou ura qui signifie cours d'eau et le mot gaulois mantalo qui désigne le chemin. Soit mantalo-ara : « la rivière du chemin ».

Ces noms gaulois vont se romaniser au cours des âges. Dans divers textes, les noms des seigneurs du lieu nous permettent de suivre cette évolution : de Maroialos , Maroligum à Maroilo au IXème s. puis Marolio au XIème s. C'est dans une charte datée de mai 1279 que nous trouvons pour la première fois le nom de Mareil : « Moi... Philippe, dit Le Voyer, de Mareil-sous-Mauldre, écuyer de Mareil... ».

A partir de ce moment le nom s'établit, avec encore bien des aléas orthographiques !


4 - Un peu d'histoire...

Les fouilles nous ont donné quelques jalons, des Celtes aux Mérovingiens, cependant nous n'avons aucun texte écrit pour cette très longue période. Le premier texte où le nom de Mareil (Maroilo) apparaît est daté de 825, il émane de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés qui possède d'immenses domaines au Sud de la Seine. A cette époque l'Abbé Irminion est en quelque sorte le seigneur du village, il s'emploie à développer et moderniser l'agriculture dans toute la vallée.

Après cette époque bénie, l'affaiblissement du pouvoir royal et de la puissance de l'Abbaye vont faire le jeu des seigneurs locaux et de leurs rivalités. A cela s'ajoutera, entre 845 et 911, les invasions normandes qui apportent ruines et désolations dans la vallée de la Seine et de ses affluents.

Des chartes, des donations, des ventes dont les textes ont été conservés, permettent de suivre quelque peu l'évolution des terres et des seigneurs de Mareil. Dès 1076, la seigneurie de Mareil tombe dans l'escarcelle des Barons de Maule qui perdront leur fief au profit du puissant Comte de Montfort au XIIIème s. Après une courte période de prospérité, les populations vont connaître les ravages de la guerre, de la peste et de la famine. Montfort ayant soutenu les Anglais pendant la Guerre de Cent Ans, le roi rendra leur fief aux barons maulois, demeurés fidèles. Par le jeu des héritages, Mareil reviendra aux familles des Garancières et des Morainvillier jusqu'au début du XVIIème s.


5 - Dans des temps moins anciens...

Après les temps troublés de la fin du Moyen Age, le pouvoir du roi s'affirme dès le XVIème s. et marque la création de l'Etat moderne. Les seigneurs qui dominent Maule et la vallée de la Mauldre sont des hommes de plus en plus proches du roi qui accroissent ainsi leur terre et leur puissance.

Un tournant s'opère en 1629 : le dernier héritier de la baronnie de Maule meurt criblé de dettes. Une sentence du tribunal du Chatelet de Paris ordonne alors la vente de toutes ses terres. C'est Claude de Bullion qui les rachète. Mais qui est Claude de Bullion ? C'est un homme puissant, proche du pouvoir pendant plus de trente ans. Sa carrière politique commence vers 1600, sous Henri IV, jusqu'à sa mort en 1640, à la fin du règne de Louis XIII. Il marque son passage aux finances par la création du Louis d'or, monnaie qui reste une référence.

Sa réussite lui a permis d'acquérir une immense fortune foncière, d'acheter des seigneuries, des terres dans toute la vallée de la Mauldre. Il obtient les terres de Maule en 1638 avec, semble-t-il, Mareil et Montainville. Ses immenses domaines, gérés après son décès par sa veuve puis ses fils et leurs descendants resteront dans la famille jusqu'à la Révolution.

Ces grands seigneurs qui appartiennent à la plus haute noblesse vont gérer efficacement leurs terres et marquer de leur présence toute notre région jusqu'à la fin du XVIIIème s. tant sur le plan économique que culturel.


6 - Mareil à la veille de la Révolution

C'est un village très ordinaire où les terres se partagent entre l'agriculture vivrière, les prés pour l'élevage sur le fond humide de la vallée et les coteaux pour la vigne. On y rencontre aussi des petits métiers qui contribuent à la vie de tous les jours, et grâce à sa situation privilégiée sur le chemin des chasses du roi, Mareil possède 5 auberges !

Les archives nationales qui conservent les registres des impôts nous permettent d'avoir une image précise de la population et de son statut social à une date donnée.

En 1784, Mareil a 300 à 320 habitants répartis en 76 feux - « 50 maisons occupées en propre et 26 à loyer » - avec 4 fermiers, 2 meuniers, 2 laboureurs, 8 commerçants, 8 artisans, 56 journaliers, 4 domestiques, aucun indigent, s'y ajoutent 160 moutons, 24 chevaux et 54 vaches !

A cette période, la vache est un étalon de la pauvreté, et avec 0,6 vache par feu, Mareil se classe parmi les villages relativement pauvres d'Ile de France.

Il y a une grande disparité sociale entre les plus aisés - fermiers, meuniers et laboureurs - et les plus précaires - journaliers ou manouvriers - qui eux ne possèdent que leurs bras pour toute richesse. Entre les deux, des petits propriétaires vivotent sur des parcelles de quelques arpents, leur femmes sont souvent nourrices, ce qui améliore nettement les revenus. Les plus chanceux possèdent une vigne sur le coteau ensoleillé de la vallée.

Pour une image complète, il faut ajouter une famille noble occupant le « château neuf » propriété du Duc de Gesvres, gouverneur de Paris, ensuite acquise par le Comte Tristan de Saint-Just en 1739, et habitée par sa famille jusqu'en 1831.


7 - Les Mareillois et la Révolution.

Un premier témoignage de cette période est la rédaction au printemps 1789 du Cahier de Doléances où les Mareillois expriment leur désir de réforme des impôts, des règlements qui les briment et leurs font perdre des revenus. Ils s'y inquiètent aussi du mauvais état des chemins qui gêne les échanges. Rien de bien original, on retrouve les mêmes réclamations pour les villages voisins. Les signataires du cahier sont les hommes influents : meuniers, fermiers, laboureurs qui semble-t-il entraineront les villageois dans le courant révolutionnaire !

Les archives communales ont conservé quelques textes dont la description de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, où l'ensemble des habitants se rend à la messe célébrée par le curé Nicolas Hua et à la fin du service tous jurent d'être « fidèle à la nation, à la loy et au roy » .

Un autre texte relate le refus de garder ce curé qui officie pourtant depuis 1765 car il reste fidèle au Pape. Les Mareillois réclament à Versailles « un curé jureur » qui est donc fidèle à la Révolution et à ses lois. Montrent-ils par là une fibre bien révolutionnaire ? Oui, d'autres faits le prouveront.

Mademoiselle de Saint-Just aura plus de chance. Un texte décrit une perquisition dans sa demeure qui ne permettra pas de prouver le moindre lien avec des nobles émigrés, ni de trouver des armes, si bien qu'elle y finira tranquillement ses jours en 1831 à 96 ans !


8 - Du XIXème siècle à nos jours.

Après cette période troublée, le village va connaître un lent déclin, entre le recensement de 1796 et celui de 1872, on passe de 386 à 240 habitants. L'activité dominante reste l'agriculture, mais malgré l'amélioration des rendements des cultures, beaucoup vont vers les villes où se développent l'industrie et les commerces et de ce fait les emplois.

Cependant deux industries s'installent à Mareil, elles utilisent la machine à vapeur comme force motrice. La première, l'usine Rouget fonctionne à partir de 1858 en utilisant les eaux du Ru de Riche, elle est désignée par la préfecture comme « usine à métaux ». La seconde en 1879 alimente « une scierie plus une machine à battre le grain » en d'autre terme une minoterie.

Mais la grande affaire de cette période est la construction du tramway et du chemin de fer. La ligne Paris-Mantes par Poissy existe depuis 1843, il devient nécessaire de créer une liaison Nord/Sud par les vallées affluentes assurant les échanges des produits agricoles et industriels sans oublier les voyageurs. Beaucoup d'hésitations et de délais car les communes doivent financer ces investissements et Mareil traîne des pieds car elle n'a pas les moyens, elle vient de s'endetter pour la construction de sa mairie-école.

En 1886 la compagnie des chemins de fer de l'Ouest entreprend la construction de la ligne Plaisir-Grignon-Epône, mise en service le 30/08/1900. Elle se trouve, en partie, doublée par le tramway Mareil-Epône existant de1883 à juillet 1884 la société qui l'exploite faisant faillite. Repris en 1899, il est prolongé par la ligne Versailles-Maule qui cahin-caha, à 20km/h circulera jusqu'en 1944.

Le village se modernise avec la création d'un corps de sapeurs-pompiers en 1861, la construction du lavoir public qui, par manque de crédit, va traîner de 1823 à 1875. C'est un peu la même chose pour la mairie-école (1880-1884) et le bureau de poste avec cabine téléphonique (1909). La Compagnie d'électricité de l'Ouest Parisien met en service les installation électriques dans le village en juin 1914 ! Quant à l'adduction d'eau potable, le conseil municipal en vote le principe en 1931, faute de moyens en 1948 le projet est encore reporté, il faudra attendre encore un peu !

Ce qui va changer la vie de ce petit village agricole, c'est la construction de deux ensembles pavillonnaires dans les années 70 qui font passer la population de 325 habitants en 1968 à 1805 en 1999. La population de l'agglomération parisienne gagne des villages de plus en plus éloignés, les résidences grignotent les terres agricoles (les vaches ont quitté les prés de Mareil dès les années 80). Les transports vers les villes voisines et Paris se sont multipliés car ceux qui habitent là n'y travaillent pas. Les géographes parleraient de rurbanisation° ! (°urbanisation de l'espace rural)


Conception et rédaction de Jacqueline Labarrière.



Crédits :

Réaux Emile. Maule et ses environs. Paris (1866)
Bories Edmond. Histoire du Canton de Meulan. Paris(1906)
Lachiver Marcel. Histoire de Meulan et de sa région par les textes. Paris(1965)
Tréton Jacques. Histoire de Montainville en Pincerais. Boulogne(1998)
Dupâquier Jacques et allii. Histoire de la population française. Tome 2. Paris.PUF (1988)
Duby Georges. Histoire de la France rurale. Tome 2. Wallon Armand (ed.)
Constant Jean-Marie. La société française aux XVIè, XVIIè et XVIIIè siècle.Paris.Ophrys.1994.
Garnot Benoît. Société, cultures et genres de vie dans la France moderne XVIè-XVIIIè. Paris. Hachette.1991.

Vivre à la campagne sous l'Ancien Régime dans les Yvelines. Archives départementales des Yvelines. Fascicule n°1. 1985.
A la veille de la Révolution : l'inégalité fiscale dans l'élection de Mantes. CREDOP. Mantes. 1988.
Chroniques du Pays de Mauldre. N°34. Revue de l'ACIME.

Archives Nationales.
Rôle de la Taille de Mareil sur Mauldre, série Z 1G (347A, 366A, 369C, 374A, 400A, 406C)
De 1771 à 1783.
Cahier de doléances. Copie B III- 107 p.475-481(2).